Ce texte est un extrait  du livre « Le Réveil » de Laurent Gounelle, dont je vous ai parlé il y a quelques jours.

Il explique le Trilemme de Rodrik. Un trilemme c’est comme un dilemme, mais au lieu de deux choix possibles il y en a trois.

Le Trilemme de Rodrik dit :

Il est impossible pour une nation d’être en même temps souveraine, mondialisée, et démocratique.

Ce texte est un peu long, je vous l’accorde, mais s’il vous plait prenez soin de le lire jusqu’au bout, et comme moi vous comprendrez alors un peu mieux ce qui ne tourne pas rond dans notre monde politique actuel ! 

 

« Dani Rodrik est un éminant économiste d’origine turque. Professeur à la prestigieuse université américaine Harvard, conférencier à la London School of Economics, il a reçu en 2002 le célèbre prix Leontief pour l’avancement des limites de la pensée économique. Même s’il est inconnu du grand public, c’est une sommité dans son domaine, et ses analyses sont écoutées par les dirigeants du monde entier. Il arrive même qu’ils le consultent sur tel ou tel sujet économique, comme l’a fait le président Macron en 2021. Bref, ces dirigeants connaissent forcément la théorie du trilemme qui a fait la réputation de Dani Rodrik dans le milieu économique.

Le trilemme est une théorie que Rodrik a formalisée pour la première fois en 2002 pour le National Bureau of Economic Research, avant de la développer et finalement la publier en 2008. Elle est essentielle, car elle permet de comprendre l’origine des problèmes qui touchent nos pays : des pays ayant glissé depuis quelques décennies dans une mondialisation accrue, ce que Rodrik appelle l’hypermondialisation.

Le principe est le suivant :

La démocratie s’est développée parallèlement à l’industrialisation, notamment car celle-ci a engendré bon nombre de négociations sur les conditions de travail, la création d’une sécurité sociale, les normes de sécurité, les normes environnementales : toutes ce règles encadrant le travail ont été négociées au fil du temps pour aboutir à une règlementation qui traduit la volonté des citoyens. C’est la démocratie.

Quand une multinationale fabrique ses produits en Extrême-Orient en ne respectant aucune règle et que cela entraine en Europe ou ailleurs une faillite d’un fabricant local, qui, lui, les respecte, elle sape d’un coup les négociations sociales et environnementales menées au fil des décennies. Les gens sentent bien que ce n’est pas légitime.

La mondialisation ne pourrait fonctionner que si tous les pays adoptaient les mêmes règles supervisées par un gouvernement mondial. Mais, selon Dani Rodrik, ce n’est pas souhaitable : chaque nation a ses propres préférences pour ses institutions et sa règlementation. Les nations ont droit à ces préférences car elles sont le fruit des décisions démocratiques prises à l’intérieur de leurs frontières.

D’où le trilemme : Rodrik  démontre qu’il est impossible pour une nation d’être en même temps souveraine, mondialisée, et démocratique. Elle peut seulement réunir deux de ces trois éléments, mais jamais les trois ensemble :

  • une nation peut être démocratique et souveraine, mais alors elle ne peut pas être mondialisée ; 
  • elle peut être mondialisée et démocratique, mais alors elle doit abandonner sa souveraineté nationale à un gouvernement mondial;
  • elle peut être souveraine et mondialisée, mais alors il faut qu’elle abandonne la démocratie.

Rodrik

Si l’on veut garder des états souverains, ce qui est souhaitable selon Rodrik, il n’y a donc que deux solutions :

  • abandonner la mondialisation;
  • ou abandonner la démocratie.

Abandonner la mondialisation serait le cauchemar des multinationales. Elles œuvrent en permanence pour empêcher ce scénario, et elles peuvent compter sur l’appui de la vaste majorité des dirigeants politiques : la droite par passion pour la compétition internationale, et la gauche pour son désir utopique d’un monde sans frontières. Tous s’activent donc pour maintenir coûte que coûte la mondialisation. Toutes les décisions politiques prises ces dernières décennies le montrent clairement : elles visent même à l’accentuer.

Abandonner la démocratie est donc la résultante qui s’est mise en place progressivement, silencieusement, sournoisement. Cela n’a sans doute pas été acté froidement par une décision formelle. On a juste laissé faire, sachant que c’était dès lors inévitable : la démocratie allait s’évaporer, se dissiper, s’évanouir, remplacée par les règles du marché mondial dictées par les multinationales. 

Les dirigeants politiques ne prennent en effet plus en compte la volonté du peuple : ils s’en tiennent aux exigences de la mondialisation. C’est la raison pour laquelle chacun peut constater que les différents partis politiques (à l’exception des extrêmes) ont tous le même programme, à quelques légères nuances près. On ne voit plus guère de de différence entre le parti au pouvoir et les partis d’opposition. L’alternance politique ne sert plus à rien. La démocratie succombe aux règles de la mondialisation.

D’ailleurs les électeurs ne s’y trompent pas : voyant que leurs choix ne sont plus pris en compte, ils se détournent des urnes… »

 

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